Ainsi débute le Ragnarök, légende cosmogonique des anciennes peuplades scandinaves.
De prime abord, cette légende s'inscrit dans une mythologie universelle de l'Apocalypse, celle que l'on retrouve à travers toutes les cultures (la Révélation de la Bible par exemple). Mais la particularité du Ragnarök est sa façon tout à fait explicite d'annoncer la disparition des divinités au profit d'une transcendance.
Pour des raisons d'ordre littéraire, " Ragna-rok " fut longtemps traduit par " Le Crépuscule des Dieux " mais une traduction plus juste en serait plutôt " La destinée des puissances organisatrices ", ce qui devrait permettre à un esprit du XXIème siècle de mieux saisir l'essence symbolique et universelle du texte ; l'idée étant que ce " crépuscule " annoncé est avant tout le crépuscule des forces qui définissent notre univers humain (la société et sa façon de percevoir le monde, par exemple).
Ainsi, Le Crépuscule des Dieux est à l'origine d'une mythologie tout à fait unique selon laquelle les Dieux, les puissances organisatrices, peuvent et doivent mourir, et que ce destin est inéluctable. Il n'y a là ni fatalisme ni résignation (le texte montre que les Dieux se battent même s'ils se savent condamnés) mais au contraire la nécessité de tout mettre en oeuvre, de lutter jusqu'à l'extrême limite, pour accomplir cette destinée, ce but plus élevé (en anglais " higher purpose ").
Le Ragnarök a durablement marqué les peuplades scandinaves et a partiellement défini la philosophie germanique.
Au XIXème siècle, le compositeur Richard Wagner allait en donner une illustration grandiose à travers son Opéra Le Crépuscule des Dieux (Götterdämmerung) 1 , tandis qu'un de ses amis les plus proches, Friedrich Nietzsche, exploiterait le sens de ce mythe dans son livre Le Crépuscule des Idoles (Götzen Dämmerung).




